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Article
du 27 avril 2001
DIGUIDEN ENTRE
EN SCENE par Odile Fillion
Diguiden, marionnette interactive, invention de Michel Jaffrennou,
artiste pionnier des nouvelles technologies, réconciliera
autant petits et grands que réel et virtuel, informatique
et poétique.
Diguiden a fait sa première sortie officielle à
ISEA, en décembre dernier.
Dans le contexte très high-tech du Festival des arts électroniques,
Diguiden venait exhiber sa silhouette maigrelette et minimaliste,
animée au trait noir sur fond blanc avec, comme l'affirme
son auteur, un seul pixel dans la tête.
Dessiné à contre-courant de l'esthétique
smart et sophistiquée du Web, Diguiden a mené d'emblée
une double vie de marionnette.
L'une exclusivement limitée à l'univers du réseau
et à l'interaction avec l'internaute, dont l'intelligence
est d'ailleurs sollicitée au-delà du "clic"
réglementaire.
Diguiden, qui a du caractère, n'obéit ni au doigt
ni à l'oeil, mais à des règles comportementales
variables, en fonction des interventions de l'internaute ou d'autres
personnages de son petit théâtre : souris, araignée,
panthère, arbre, poubelle et belle pépée.
Tout un cirque Web, avec lequel il faut prendre le temps de vivre
et apprendre à composer.
Marc Marchand, qui a soutenu le projet dans le cadre de sa société
Kergal/Et Alors Productions, n'envisage la présence capricieuse
de Diguiden sur le Web que comme la vitrine d'un savoir-faire
destinée avant tout à promouvoir sa version "live".
Car Diguiden, représenté en nouvelle avant-première
au Studio Théâtre de la Comédie Française
cette semaine, semble disposé - à quelques séquences
près - à partir pour un grand tour de piste, à
commencer par La Rochelle d'ici quelques mois, avant une représentation
probable en Corée.
Seul sur scène, Michel Jaffrennou joue le rôle de
Gepetto et engage le dialogue avec la marionnette virtuelle présente
à ses côtés sur grand écran.
Interactive grâce à la reconnaissance vocale, Diguiden,
comme toute authentique créature numérique, ne s'exprime
que par oui ou par non.
La marionnette est néanmoins capable de manifester ses
émotions à travers une centaine de comportements
plus ou moins fantaisistes et inattendus, dans un spectacle qui
fonctionne en réalité sur le registre traditionnel
du cirque, du rire et de l'illusion.
Après avoir réalisé il y a près de
quinze ans les premiers spectacles interactifs, associant écrans
et comédiens, avec Electronique Vidéo Circus
au Centre Georges-Pompidou, puis Vidéopérette
à la Grande Halle de La Villette, Michel Jaffrennou retourne
ainsi à ses explorations initiales.
Aux équipements lourds de la période pionnière
succède aujourd'hui un dispositif léger de représentation
nomade, limité à deux Mac qui, à eux seuls,
suffisent à faire tourner le spectacle : l'une des deux
machines est réservée à la manipulation des
images, l'autre à la simulation musicale, puisque la marionnette
sait immédiatement reproduire un air joué ou chanté
dans la salle...
Enchantement assuré pour petits et grands, à qui
Diguiden est également destiné, puisque la marionnette
sait adapter son scénario et ses comportements aux circonstances
et éventuellement à l'âge de ses spectateurs.
Le plus merveilleux est bien qu'en quelques coups de crayon et
quelques découpages photographiques, la poésie,
l'émotion et l'humour convergent sur l'écran éléctronique.
Diguiden casse aussi avec l'ennui en ligne...
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